La sélection bibliographique de 2016 : du « Titanic Victorien » aux épaves de Guadalcanal.

Avec la (fausse) nouvelle notoriété  du Titanic grâce à Senan Molony, l’engouement pour l’histoire du navire devrait repartir après le centenaire du naufrage en 2012. Ajoutons que le film de James Cameron fête presque ces 20 ans dans le monde entier. Il s’agit d’un évènement qui a permis et qui permet encore à beaucoup de jeunes et de moins jeunes de vivre une passion aussi belle qu’intrigante aux yeux d’une personne qui ne comprend pas forcément pourquoi autant aimer un navire qui a coulé il y a plus de cent ans sans avoir terminé son voyage inaugural. La passion emmène souvent à la curiosité de l’objet en s’élargissant parfois même à un monde maritime encore plus vaste que les épaves représentent physiquement. En découvrir plus passe forcément par s’informer grâce aux documentaires mais aussi grâce aux livres. Pour la sélection bibliographique de 2016, je ne vais pas spécialement me pencher sur le Titanic mais sur une sélection de livres sur les épaves de navires qui ont un lien de près ou de loin avec notre Géant des mers.

« The Sinking of RMS Taylor : The lost story of the Victorian Titanic »: un ouvrage d’une qualité exceptionnelle.

rms-tayleur

(Source: Amazon)

A la fois éloigné mais proche du Titanic, le RMS Tayleur partage le même destin que son descendant à un intervalle d’un peu moins de 60 ans. Clipper moderne d’une taille gigantesque et fait d’une coque en fer pour le 19ème siècle, le Tayleur est un navire de la « première » White Star Line desservant la ligne Europe-Australie. Armé en janvier 1854 pour son voyage inaugural repoussé précédemment, le clipper est salué dans le monde maritime comme un navire sûr et insubmersible grâce à sa coque et à son équipement moderne (compas, gouvernail etc…).  Cependant, la vie de ce navire est de courte durée puisqu’au bout de quelques jours de voyage, il est pris dans une tempête et fait naufrage sur les côtes irlandaises avec à son bord des familles entières. La tragédie fait environ 323 morts pour 297 survivants, ce qui en fait un naufrage important pour le 19ème siècle. Alors pourquoi surnommer le RMS Tayleur, le « Titanic Victorien » ? Rappelons que le Titanic a effectué son premier voyage repoussé le 10 avril 1912 et a eu le même destin tragique dans un contexte médiatique et technique presque identique. Les deux navires ont été des tragédies pour les deux compagnies White Star Line. Quelques années après le naufrage du Tayleur, la « première » White Star Line a été rachetée en 1869 par Thomas Henry Ismay après que les précédents propriétaires de la compagnie maritime se soient déclarés en faillite faute d’investissements et certainement causée par une réputation peu fiable. On peut supposer que le naufrage du Tayleur et la mauvaise presse qui s’en est suivi n’a pas été en faveur d’une santé financière postérieure pour la première compagnie. Le drapeau et le nom de la White Star Line ont contribué par la suite à la naissance du Titanic par contre.

Mais assez sur les ressemblances entre les deux catastrophes maritimes, parlons plutôt du livre. L’auteur, Gill Hoffs, nous raconte l’histoire du Tayleur à l’époque victorienne où l’Australie était une terre promise à l’image des États-Unis pour les passagers de 3ème classe du Titanic. Ce livre est une pépite à avoir chez soi pour découvrir le monde maritime du 19ème siècle assez inexploré. Parmi les naufrages les plus marquants de cette époque d’avant l’âge d’or des paquebots, on peut citer les naufrages meurtriers de la Collins Line, l’Artic (1854) et le Pacific (1856) ou encore du Royal Charter (1859) de la Liverpool & Australian Steamship Navigation Company. A la fois complet sur l’histoire du naufrage tout en mêlant la technique des navires et le côté humain de cette tragédie grâce à une bibliographie complète, un glossaire des termes nautiques et une liste précise des passagers, l’auteur donne toutes les clés aux lecteurs pour comprendre cette catastrophe maritime. Inspiré des ouvrages de E. Kieran sur le RMS Tayleur datant de 2004 et de 2005, Gill Hoffs nous offre finalement un livre actualisé de cette catastrophe maritime britannico-irlandaise peu connue du grand public.

« The Sinking of RMS Taylor : The lost story of the Victorian Titanic »,
Gill Hoffs, Éditions Pen and Sword, 2014/2015, 164 pages, ISBN 1473845564 : disponible sur Amazon.

« Robert Ballard’s Guadalcanal : Exploring the ghost fleet  of the South Pacific« : la bible des épaves de la bataille de Guadalcanal.

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(Source: goodreads.com)

Autres naufrages concernant des navires de guerre dans l’océan Pacific cette fois-ci, le livre suivant pourtant assez éloigné de la sphère des titanicophiles présente un lien des plus évidents. Le nom de Robert Ballard n’est pas inconnu des passionnés du Titanic. Il est l’un des deux « découvreurs » de l’épave du célèbre paquebot des rêves. Océanographe, Robert Ballard sillonne et explore les épaves du monde entier pour les analyser et raconter leurs histoires depuis des décennies. Sans exception, les navires de guerre de Guadacanal témoignent de la violence des combats entre japonais et américains lors de la compagne de Guadacanal en 1942/1943. Sur le même format que les livres de la même collection sur le Titanic et du Lusitania, Robert Ballard fait découvrir l’histoire de ces épaves méconnues. Les amateurs de navires mais aussi de la Seconde Guerre mondiale peuvent se régaler en lisant les témoignages de survivants et admirer les superbes photographies et peintures de Ken Marshall, un habitué que les titanicophiles connaissent pour son travail précis et minutieux de représentation des épaves. Publié en 2007, ce livre reste un excellent ouvrage à lire ou à feuilleter simplement pour le régal de tous.

« Robert Ballard’s Guadalcanal : Exploring the ghost fleet  of the South Pacific » de R. Ballard, R. Archbold, K. Marshall et M. McCoy, Éditions Chartwell Book Inc., 2007, 227 pages : disponible sur Amazon.

« Lusitania 1915: La dernière traversée »: coup de cœur bibliographique bonus.

Je ne pouvais pas terminer cette sélection sans évoquer l’ouvrage qui m’a le plus agréablement surpris. Bien que ne traitant pas de l’épave du Lusitania en particulier pour ne pas dire du tout, Erik Larson a réalisé un livre d’une rare qualité d’un peu plus de 600 pages sur l’histoire du premier des « Lévriers des mers ». Comprendre le contexte historique ainsi que les éléments déterminants ayant conduit à la mort de 1198 personnes permet de mieux cerner le côté « humain » d’une épave de navire. Publié sous le titre « Dead awake » en version originale, ce livre ne peut qu’éveiller la curiosité de chacun avec des détails tous précieux les uns que les autres, glanés ici et là dans les archives britanniques et américaines, dans la presse de l’époque mais également parmi les témoignages des survivants. Alors à vos livres en vous souhaitant une bonne lecture et une bonne année 2017 en passant.

« Lusitania 1915: La dernière traversée » d’Erik Larson, Éditions Cherche Midi, 2016, 640 pages, ISBN 978-2749132730 : disponible sur Amazon et le site internet de la Fnac.

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