Les épaves de guerre : le centenaire du naufrage du HMHS Britannic.

Depuis quelques semaines, l’épave du HMHS Britannic est devenue centenaire. Bien moins connu que son illustre sister-ship, le Titanic, le Britannic est une épave des plus mystérieuses et des plus belles à admirer représentant aussi un véritable écosystème marin. En ce centenaire, je ne vais pas raconter une énième fois l’histoire oubliée de ce navire, devenu « héros » de guerre pour des milliers de soldats blessés et évacués des Dardanelles, terrain de guerres par excellence. Comme pour mon dernier article sur l’anniversaire du « presque » jumeau du Britannic et non pas par simplicité, j’ai été curieuse de découvrir comment les médias avaient traité le centenaire du naufrage du dernier de la classe Olympic. A mon grand étonnement, la BBC a réalisé un docudrama pour l’occasion. Entre agréables surprises entremêlées de certaines critiques évidentes qui auraient pu être évitées, le documentaire est sans doute l’un des meilleurs que j’ai pu voir.

Un documentaire (trop) centré sur la comparaison Titanic/Britannic.

Le HMHS Britannic (en blanc) est le seul de la classe Olympic à n'avoir jamais servi sur une ligne commerciale (Source: Youtube).

Le HMHS Britannic (en blanc) est le seul de la classe Olympic à n’avoir jamais servi sur une ligne commerciale (Source: Youtube).

Intitulé « Titanic’s tragic twin: The Britannic Disaster« , ce docudrama réalisé par la BBC a sans doute permis à de nombreuses personnes de découvrir le Britannic, petit frère oublié du Titanic. Considérés comme jumeaux de par leurs structures quasi semblables, il n’en est pas moins vrai que le Britannic était différent du Titanic puisque lors du naufrage de ce dernier, le Britannic était encore en construction dans les chantiers Harland and Wolff. Produit des nouveautés en matière de sécurité maritime pour l’époque, le paquebot transformé en navire hôpital lors de son service militaire, a opéré ses traversées en compagnie des autres grands paquebots dans les Dardanelles. Mais contrairement à son illustre cadet et à ses potentiels rivaux, le Britannic n’a jamais effectué de service commercial. Le naufrage du Titanic en temps de paix était de loin très différent de celui du Britannic en temps de guerre. Souligné dans le documentaire, cette différence de contexte historique n’aurait pas dû donner lieu à autant de comparaisons entre les deux tragédies. Sans oublier qu’un autre navire aussi proche que le Titanic mérite une place considérable dans l’histoire du Britannic.

Le Britannic, le dernier espoir de la classe Olympic.

Carte postale représentant le RMS Britannic, dernier espoir de relancer la classe Olympic après le naufrage du Titanic.

Carte postale représentant le RMS Britannic, dernier espoir de relancer la classe Olympic après le naufrage du Titanic. L’Olympic (1911-1937) ne pouvait assurer un service commercial transatlantique permanent à lui seul (Source: Wikipédia).

Présenté comme le seul jumeau du Titanic dans le documentaire, le Britannic était aussi le jumeau ou plutôt le « presque » jumeau de l’Olympic, premier sister-ship du Titanic. A mon grand regret, j’ai trouvé que l’omniprésence de comparaisons Titanic/Britannic était gênante. Mentionner l’Olympic aurait permis de mieux généraliser l’histoire du Britannic dans la classe Olympic et de dynamiser encore plus le documentaire lors de la présentation de Violet Jessop sans avoir un effet de comparaisons répétitives jusqu’à la fin du documentaire. Survivante des naufrages du Titanic et du Britannic, Violet a également assisté à la collision entre le RMS Olympic et le HMS Hawke quelques mois avant la mise en service du Titanic. Seul des trois paquebots de la classe Olympic à avoir eu une réelle carrière, le RMS Olympic a aussi « connu » ses deux sister-ships au moins une fois dans sa carrière. Ce navire aurait au moins mérité une petite intention. N’oublions pas que même s’il n’a pas connu de destin tragique, il est un autre héros de la Première Guerre mondiale. Il s’agit du seul navire de la flotte britannique à avoir éperonné un sous-marin allemand en pleine mer. Mais cette critique n’est pas la plus flagrante de ce docudrama.

Une mise en avant de l’insubmersibilité du Britannic: un faux pas à éviter.

Si l’oubli de l’Olympic peut passer pour un détail, l’insubmersibilité du Britannic, constitue une réelle critique. Présenter le HMHS Britannic comme un navire « réellement » insubmersible dès le début du documentaire pour expliquer que le naufrage n’aurait dû jamais avoir lieu peut sembler très « patriotique » de la part de la BBC. Également qualifié de « terrifiant » navire hôpital, on pouvait avoir facilement le sourire aux lèvres si on se plongeait dans l’histoire maritime de la Première Guerre mondiale et plus précisément dans les semaines qui ont précédé le naufrage du Britannic. En effet, près de l’épave du « petit frère » du Titanic, un autre paquebot a vécu la même fin et repose tout près. Le SS Burdigala (1897-1916), ancien Kaiser Friedrich, a coulé le 14 novembre 1916 après avoir vraisemblablement heurté une des mines posées par le U-Boat 73. Il s’agissait du même champ de mines responsable du naufrage du Britannic. Le naufrage du Burdigala, également navire hôpital mais sous pavillon français , démontre qu’un navire devait faire face à tous les dangers dans les Dardanelles durant cette période qu’il soit moderne ou ancien. La supposée « insubmersibilité » technique du Britannic n’aurait pas pu empêcher son naufrage au même titre que la « quasi insubmersibilité » du Titanic face à sa rencontre avec un iceberg en temps de paix. Malgré ce faux pas, la BBC a réalisé un travail de commémoration des plus consciencieux pour un naufrage noyé parmi les nombreuses et diverses tragédies de la Première Guerre mondiale. D’ailleurs, le format hybride docudrama/enquête  du documentaire n’y est pas pour rien.

Un récit bien cadré avec la forme du docudrama.

Constance Violet Jessop a servi sur les trois paquebots de la classe Olympic (source: Youtube).

Constance Violet Jessop a servi sur les trois paquebots de la classe Olympic (Source: Wikipédia).

Réalisé comme une enquête à partir de l’épave du Britannic, le documentaire permet de découvrir le naufrage grâce aux témoignages de quelques survivants par le biais de leurs descendants et de souvenirs conservés. L’intervention de Simon Mills, propriétaire de l’épave du Britannic, s’ajoute  également de manière à avoir un récit historique des plus justes sans omettre le côté « véritable » grâce aux lettres détaillées de survivants comme Archie Jewell  ou Violet Jessop, tous deux survivants du naufrage du Titanic et du Britannic. Le capitaine Charles Bartlett n’y échappe pas aussi comme Kate Humble le souligne lors de son interview avec son descendant à Belfast. Le souvenir de John Edward Smith n’était pas très loin lors du résumé de la carrière de Bartlett comme superintendant en 1912 pour ne prendre qu’un des nombreux exemples de comparaisons Titanic/Britannic. Néanmoins, ces dernières permettent de situer le Britannic par rapport aux autres catastrophes maritimes tout en se focalisant sur l’histoire propre du naufrage du Britannic par le biais des témoignages des survivants allant de l’infirmière jusqu’au marin inconnu le tout sur fond de violon. Au final, ce documentaire est un bel hommage pour un centenaire qui serait passé inaperçu par rapport à celui du Lusitania, torpillé en Mai 1915.

Pour plus d’information sur le centenaire du naufrage du Britannic: https://100years-kea-shipwrecks.org/

 

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