Drain the Titanic : un 104ème anniversaire sous le signe d’un documentaire innovant et surprenant.

Les dates du 14 et 15 avril 2016 n’échappent pas à tout bon titanicophile du monde entier. Comme beaucoup de passionnés, ces deux jours représentent un anniversaire des plus tristes mais également un moment de partage et de commémoration. Au lieu de fêter ce 104ème « anniversaire » avec des rappels de faits ou d’anecdotes, je me suis focalisée sur l’analyse d’un documentaire qui pour la plupart des titanicophiles qui l’ont vu n’ont pas su donner leurs avis sur cet ovnis de l’univers documentaire du Titanic, « star » de la chaîne National Geographic. Au fur et à mesure de la multiplication des expéditions organisées sur le site du naufrage, les documentaires sur le navire et plus spécifiquement l’épave ont augmenté contrairement aux documentaires consacrés à son « petit frère », le Britannic, devenu un habitat pour la faune et la flore locales de la mer Égée.

Un format traditionnel repensé scientifiquement et calqué sur un modèle de série policière culte.

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Drain the Titanic, l’idée de transformer le site du naufrage en une enquête scientifique en asséchant littéralement l’océan Atlantique. (Source : Pinterest)

Drain the Titanic où comment repenser le format classique d’enquête sur les causes du naufrage du plus grand et du plus moderne des navires du début du XXème siècle. L’idée d’assécher l’océan Atlantique et plus spécifiquement la zone du naufrage du Titanic semble une bonne idée pour redonner vie au concept épuisé de l’enquête du pourquoi et du comment d’une tragédie mondiale, celle du Titanic. Surnommé « paquebot des rêves » depuis le film de James Cameron qu’on ne présente plus, l’épave du Titanic est devenue un symbole pour beaucoup de passionnés de la génération des 25-30 ans avec sa proue présentée « romantiquement ». Le documentaire présent décide de traiter sous un angle nouveau le sujet du naufrage en analysant l’épave asséchée pour les besoins de l’enquête organisée en quatre parties sous forme de questions-réponses. En somme, Drain the Titanic s’inspire du schéma d’une enquête policière digne des Experts (CSI pour les anglophones). En regardant plusieurs fois le documentaire, il m’est apparu que ce nouveau format reboostait les classiques questions reformulées plus scientifiquement et permettait de recycler le vieux format de l’enquête-vérité des documentaires se focalisant d’avantage sur l’épave et non les passagers, sujets de prédilection des docu-fictions.

Drain the Titanic

Vue inédite de la proue asséchée et présentée sans son aura de lumière bleue. On peut distinguer la poupe, champ désolé de pièces tordues, à l’arrière. (Source : Pinterest)

Drain the Titanic est a vrai dire très intéressant pour redécouvrir les principales interrogations sur le déroulement du naufrage sans oublier les causes de ce dernier. Partant de la chute de la proue pour continuer par celle de la poupe, partie la moins montrée à cause de son état chaotique mais pourtant plus parlante pour le côté tragique avec les traces de l’implosion et la présence de restes de chaussures sur le pont arrière. Mais là où le documentaire innove par rapport aux anciens, c’est sans conteste sur l’analyse du champ de débris entièrement cartographiée grâce aux données recueillies lors de la dernière expédition de 2010, décidée par la RMST, société détentrice des droits d’exploitation de l’épave, avant qu’elle ne décide de se déclarer en banqueroute. L’épave du Titanic gît à près de 4km de profondeur (12 450 pieds) dans un univers quasiment peu oxygéné, ce qui protège les restes du « Géant des mers » depuis 104 ans maintenant de l’effet d’émiettement de la coque mais d’autres menaces sont bien présentes à l’image des rusticles, sortes de stalactites appelées Halomonas Titanicae. Ces bactéries découvertes sur l’épave après de nombreuses recherches scientifiques ont pour conséquence la « seconde mort » du Titanic, à savoir l’effondrement et la disparition de la structure des deux parties principales du paquebot, la proue et la poupe. Paul-Henri Nargeolet, scientifique ayant plongé une trentaine de fois sur le site du l’épave fait part d’une constatation notable, l’effondrement progressif de la proue de 5 à 6°C. Comme le documentaire le dit dans d’autres termes, le Titanic est « littéralement mangé » par les bactéries se nourrissant de l’acier et du fer de la coque et des structures du paquebot de luxe. Comment ne pas s’émouvoir devant la disparition d’une tombe et d’un monument historique du XXème siècle? Chacun réagit de manières différentes et la sempiternelle question de la préservation des objets du champ de débris ou le sauvetage des objets, mémoire des passagers et du naufrage, réapparaît dans un débat toujours non tranché depuis 30 ans.

 

Des hypothèses de réponses actualisées pour des questions classiques.

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Cartographie du champ de débris divisé en quatre secteurs englobant la proue et la poupe séparées par une distance de 800 mètres. (Source : Youtube).

 

Comment et quand le Titanic s’est-il brisé en deux? De quelles manières la proue et la poupe du paquebot ont-elles touché le fond sous-marin et quelles ont été les vitesses de l’impact entre les structures du navire et le sol océanique de l’Atlantique? Toutes ces interrogations semblent déjà évoquées de nombreuses fois dans les anciens documentaires mais cette fois-ci, notre documentaire s’appuie sur la plus récente des expéditions jamais organisée et à seul but scientifique résultant d’une collaboration entre la RMST et la Wood Hole Oceanographic Institution, dirigée il y a longtemps par un certain Robert Douane Ballard, découvreur du Titanic. L’opération de cartographie mais aussi de collecte de nouvelles preuves des causes du naufrage et du déroulement de celui-ci ont conduit à des calculs précis faisant état d’une brutale agonie pour le Titanic et ses passagers prisonniers dans les eaux profondes et glacées de l’Atlantique. Déjà remplie d’eau, la proue a coulé à une vitesse estimée à 50 km/h soit 35 miles par heure pour finir heurter le sol océanique et s’enfoncer à 17 mètres de profondeur dans ce même sol. Certes, il s’agit d’un choc violent qui a laissé des traces sur la structure de la proue, partie la plus intacte de l’épave mais il n’en est rien du choc plus brutal de la poupe. Cette dernière après s’être progressivement remplie dans la colonne d’eau de l’océan Atlantique, a coulé à 80 km/h soit 50 miles par heure en tournant sur elle-même. Cet effet, qualifié de « spirale chaotique » a donné naissance aux champs de débris s’étalant sur une superficie de 6 km et divisée en 4 zones pour les besoins de la carte en 3D du site de l’épave amenée à disparaître dans les prochaines décennies.

débris formation

Sous l’effet de la « spirale chaotique », la poupe du Titanic s’est vidée à une vitesse importante formant un important champ de débris. (Source : National Geographic).

En se désagrégeant avec l’augmentation de la pression au fur et à mesure de l’approche du choc avec le sol océanique, la poupe du Titanic a implosé pour ne laisser qu’une triste structure de 120 mètres de long séparée par une distance de 800 mètres de la proue d’un paquebot luxueux que représentait le « Géant des mers ». En tant que téléspectateur, le côté brutal de la fin de la « première mort » du Titanic ne laisse pas insensible surtout avec la présence de passagers lors de cette nuit sans lune et sur une mer d’huile. Le souvenir de ces malheureuses victimes du plus moderne des paquebots de l’époque est évoqué par l’identification des objets et leur géolocalisation dans le champ de débris. La tragédie du Titanic, redécouverte sous cette dimension « immergée » donne une vue de la tragédie complètement inédite. A un tel point que l’hypothèse évoquée concernant la cassure du paquebot qui se serait produite sous l’eau et non à la surface, laisse beaucoup de titanicophiles sceptiques d’où une opinion indécise sur ce documentaire récent. Peut-être que les futurs documentaires à venir permettront d’affirmer ou de réfuter ces nouvelles hypothèses sur les causes et le déroulement du naufrage du plus légendaire paquebot de luxe. Reste à attendre et à commémorer un drame durant ces jours qui vont suivre. Souhaitons une longue vie à la plus merveilleuse des épaves, source de l’évolution de l’histoire maritime.

Pour regarder le documentaire Drain the Titanic disponible en version anglaise, cliquez sur le lien : https://www.youtube.com/watch?v=FsfOlQPNuMQ

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