Le documentaire prometteur sur le premier Lévrier des mers : Naufrage du Lusitania : le tournant 14-18.

Comment ne pas passer à côté de cette première qui m’a autant étonné! Il y a quelques semaines , un documentaire sur le naufrage du Lusitania était diffusé sur la chaîne française RMC Découverte. Étant agréablement surprise de cette nouvelle, je me suis installée confortablement pour regarder ce docu-fiction intitulé Naufrage du Lusitania : le tournant 14-18. S’inscrivant dans un hommage audiovisuel en rapport avec le centenaire de la Première Guerre mondiale, le titre du documentaire donnait le ton de ces commémorations. L’histoire maritime est peu mise en valeur dés qu’il s’agit d’hommage à la « Der des ders » surnom de la Première Guerre mondiale. En général, les esprits se focalisent sur les combats terrestres mais le monde maritime a eu son rôle à jouer dans ce premier conflit entre puissances internationales. Le documentaire ne pouvait que refléter ce lien avec un titre aussi porteur. Retour sur ce docu-fiction que j’ai regardé d’un œil de simple curieuse mais aussi de passionnée traquant les défauts et les pièges des docu-fictions.

Un contexte historique un peu trop large : un docu-fiction centré sur la tragédie « humaine » du Lusitania.

Le Lusitania quittant le port de New-York. Le luxueux paquebot de la Cunard Line effectuait sa 202ème traversée le 1er mai 1915.

Le Lusitania quittant le port de New-York. Le luxueux paquebot de la Cunard Line effectuait sa 202ème traversée le 1er mai 1915.

Dés lors qu’on s’intéresse à un naufrage d’ampleur mondiale , le Titanic vient tout de suite à l’esprit pour beaucoup de monde. L’oubli permanent de la tragédie du Lusitania ne fait pas exception à la règle. Dans de précédents articles, je me suis penchée plus longuement en comparaison sur ce phénomène culturel que représente la célébrité éclipsante du Titanic. Dans le cas du documentaire diffusé, Naufrage du Lusitania : le tournant 14-18, j’ai été très agréablement surprise de constater qu’il n’y avait aucune référence au Titanic. Et quel soulagement de ne pas entendre de mentions sur le célèbre naufrage du Géant des mers qui a eu lieu 3 ans avant le torpillage du Lusitania. Les comparaisons auraient pu être tentantes comme dans le téléfilm, Lusitania : Murder on the Atlantic, qui au passage est une bonne référence cinématographique sur le naufrage du Lévrier des mers. Cependant, beaucoup de scènes ressemblent à celles du film de James Cameron. Dans le cas présent, notre documentaire a l’avantage de se focaliser uniquement et de manière inédite sur le Lusitania. Tout au long des 50 minutes de pur bonheur pour les yeux avec les images d’archives et de synthèse du paquebot transatlantique, le contexte historique de la dernière traversée du premier « superliner » de la Cunard Line a été évoqué par le biais de la parution du fameux article mettant en garde les passagers du paquebot d’un éventuel torpillage près des côtes irlandaises.

L'actrice française, Rita Jolivet, survivante du naufrage.

L’actrice française, Rita Jolivet, survivante du naufrage. (Source : wikipedia).

Néanmoins le contexte historique de la Première Guerre mondiale a laissé place aux histoires individuelles de certains passagers de 1ere, 2ème et 3ème classes et de membres d’équipages. Pour n’en citer que quelques uns parmi ceux qui ont été mentionnés dans le docu-fiction, Rita Jolivet et Charles Frohman représentaient la classe intellectuelle des riches passagers tandis que les familles Mitchell et Hook symbolisaient les émigrants irlandais revenant au pays dans des cabines de 3ème classe. Du côté de l’équipage, le second chef mécanicien, Andrew Cockburn surnommé le « sorcier des mers » représentait les membres d’équipage. La remarque que pouvait se faire un passionné et connaisseur du Lusitania, c’était bien l’absence de référence sur le plus riche des passagers du paquebot, Alfred Vanderbilt ainsi que la brève mention du capitaine William Thomas Turner au commande du Lusitania le 7 mai 1915. Toutes les histoires de ces passagers et membres d’équipage avaient pour but de donner une dimension humaine au naufrage. La mise en avant de la mort d’enfants en bas âge et des nombreux passagers dans les eaux de l’Atlantique va naturellement dans le sens d’émouvoir les téléspectateurs.

Le 7 mai 1915, le port de Kinsale a été touché par le naufrage du Lusitania.

Le 7 mai 1915, le port de Kinsale a été touché directement par le naufrage du Lusitania (Source : wikipedia).

Bien qu’il s’agisse d’un effet positif dans l’intérêt d’attirer du monde autour du documentaire, l’effet négatif s’est fait sentir sur la trame du docu-fiction, à savoir un naufrage qui a fait le tournant de la Première Guerre mondiale. On ne peut pas nier le caractère violent de la mort de 1198 personnes qui a eu pour conséquence une propagande mobilisatrice après le naufrage. A la suite du naufrage, la barbarie allemande a été un moteur de recrutement de soldats dans tout l’empire Britannique et aux États-Unis, nation de 128 passagers morts à bord du paquebot coulé en 18 minutes à 19 km des côtes de Kinsale (comté de Cork) comme le rappelle Diana Preston, auteur de l’ouvrage, Wilful murder : the sinking of the Lusitania. Même en prenant cette conséquence humaine sur l’importante mobilisation mondiale lors de la Première Guerre mondiale, le titre du docu-fiction reste inadéquate par rapport au scénario du documentaire.

Un docu-fiction simple et de bonne qualité : une bonne entrée en la matière pour le grand public.

Ce docu-fiction, Naufrage du Lusitania : le tournant 14-18 reste un bon documentaire sur la tragédie du sister-ship du Mauretania. Tout au long, des intervenants de différents milieux (professionnels du transport maritime, journalistes ou historiens) ont expliqué de manière synthétique et simple le contexte mais aussi le naufrage en détails. Il y a beaucoup à dire sur cette tragédie qui regorge de mystères et de non dits à cause de la sensibilité de la Royal Navy qui a classé le naufrage affaire « Top secret » depuis plus de 100 ans. Tout passionné ou historien connaissant le sujet sait bien que le sujet du naufrage et le contexte où il a eu lieu est très complexe. L’intervention de l’historien de référence, Eric Sauder, présent dans le documentaire montre tout le sérieux d’un documentaire grand public qui aurait pu par simple commodité ne faire que du rappel historique en surface. Mais pour une fois et sur une tragédie peu évoquée dans des documentaires télévisés, ce docu-fiction a respecté un naufrage déjà bien oublié par les médias et par l’Histoire.

Sir Hugh Percy Lane, peintre irlandais est l'un des passagers les plus mystérieux du Lusitania.

Sir Hugh Percy Lane, peintre irlandais reconnu, est l’un des passagers les plus mystérieux du Lusitania. (Source : wikipedia).

Retracer la tragédie du Lusitania en moins d’une heure relève du défi car les 6 jours de traversée transatlantique de New-York jusqu’à Liverpool ont été chargés de moments d’inquiétudes pour les passagers du début jusqu’à la fin de la 202ème et dernière traversée inachevée du paquebot. Un des passagers de 1ère classe cité dans le documentaire, Sir Hugh Lane, incarne bien cet état de tension dans son comportement. Pour les plus invétérés des passionnés, ce passager est un des plus les emblématiques d’une énigme concernant le naufrage. Transportant (de manière incertaine) avec lui des toiles de grands peintres , Sir Hugh Lane, peintre reconnu de la société londonienne, représente l’argument tiré du gouvernement irlandais pour protéger l’épave du Lusitania en l’incorporant dans son patrimoine maritime national. En effet, depuis 1995, les restes du Lévrier des mers, localisé à quelques 11,8 milles nautiques de Kinsale, est l’objet d’un contentieux opposant le propriétaire de l’épave, Gregg Bemis. La présence de peintures célèbres dans les restes effondrés du Lusitania fonde cette protection nationale en plus du droit international de la mer par le biais du jeu des délimitations des espaces maritimes. Dés lors que l’épave du Lusitania se trouve dans les 12 milles nautiques de la mer territoriale de l’Irlande, le gouvernement possède une souveraineté sur les objets se trouvant sur les fonds marins de cette zone.

Cet aspect démontre bien toute la complexe histoire de l’avant, du naufrage et de l’après-naufrage de l’un des plus paquebots entièrement britannique. D’autres points de cette nature pourraient être évoqués mais le suspens est le meilleur des moyens pour découvrir par soi-même des points mystérieux et les hypothèses ou les réponses qui s’y rattachent. En attendant d’évoquer d’autres interrogations sur le naufrage ou l’épave du Lusitania, je vous recommande de voir ou de revoir ce docu-fiction. Ne vous en privez pas car il s’agit de l’un des meilleurs documentaires pour commencer à comprendre cette tragédie. Les choses simples comme ce documentaire sont finalement les plus efficaces.

Références bibliographiques et vidéographiques :

Diana Preston, Wilful murder : the sinking of the Lusitania, disponible en anglais sur Amazon.

Colin Simpson, Lusitania, 1974-1975, disponible en français et en anglais sur Amazon.

Gérard Piouffre, Un crime de guerre en 1915 : le torpillage du Lusitania, 2015, disponible en français sur Amazon.

Eric Sauder, The Unseen Lusitania :the ship in rare illustrations, 2015, disponible en anglais sur Amazon.

Lusitania : Murder on the Atlantic ou Sinking of the Lusitania: Terror at Sea :Téléfilm en deux parties, 2007, disponible anglais ou allemand sur Youtube ou en DVD sur Amazon.

 

 

 

 

 

 

 

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