L’Arctic de la Collins Line : le naufrage révélateur de l’insuffisance de la sécurité maritime (Partie 1).

Mentionné comme le naufrage « phare » des capacités insuffisantes des canots de sauvetage, la tragédie du Titanic n’est cependant pas le premier drame à mettre en défaut le manque de sécurité maritime. L’Arctic, paquebot de la Collins Line, seule compagnie maritime américaine véritable concurrente de la Cunard Line et des autres compagnies britanniques, a démontré la nécessité d’une modernisation des règles concernant la capacité des canots au 19ème siècle. Le naufrage du paquebot en bois équipé d’une roue à aubes a été oublié depuis longtemps. Néanmoins, la nouvelle tardive de la perte du navire et de la majorité de ces passagers et de ces membres d’équipage a provoqué un véritable scandale à l’époque. Retour sur une tragédie américaine et également familiale.

Un naufrage annonciateur de l’inadaptation de la législation des canots de sauvetage.

L'Artic, un des cinq navires de la Collins Line.

L’Arctic (1850-1854), un des cinq navires de la Collins Line (Wikipedia).

Le naufrage de l’Arctic livre toute sa dimension historique grâce à la mise en évidence du manque de législation de la sécurité maritime. A l’aube de la seconde moitié du 19ème siècle, la question du gigantisme et de la concurrence entre compagnies maritimes commence à se poser. Grâce aux subventions ($385 000) accordées par le gouvernement américain sur le même modèle que le financement parlementaire de la Cunard Line, l’Arctic et ses sister-ships dont le Pacific (1849-1856) assure des traversées transatlantiques régulières entre New-York et Liverpool. En service depuis 1850, même année que son infortuné frère, l’Arctic prend la route de Liverpool pour New-York avec à son bord 400 personnes dont 250 passagers et 150 membres d’équipage le 27 septembre 1854 . Avec seulement 6 canots d’une capacité totale de 180 personnes et sans réelle organisation de l’évacuation des passagers, le naufrage a mis en évidence le besoin d’une législation spécifique à la sécurité maritime jusque là concentrée dans les coutumes et us du monde maritime. Le principe de solidarité entre marins fait partie de ces traditions mais apparaît insuffisant avec la montée internationale du transport maritime de passagers dès cette époque. En effet, sur les 400 passagers, seuls 85 personnes ont survécu dont 24 passagers et 61 membres d’équipage. Aucun des survivants ne comptent de femmes et d’enfants, les laissant ainsi sombrer dans un naufrage durant 4 heures d’espoir. D’autant plus qu’aucun des 6 canots n’a accueillient ces deux catégories de passagers pourtant considérés comme « prioritaires » et si chers aux officiers du Titanic quelques décennies plus tard. La panique et le désordre régnant dans ce climat d’incertitude durant de longues heures après une collision avec le Vesta, navire de pêche français doté d’une coque en acier, a conduit à une tragédie humaine en somme. Sur les 6 canots mis à l’eau durant l’évacuation chaotique, seuls 3 ont été secourus. Les autres se sont dispersés dans l’océan Atlantique vaste et hostile aux hommes.

Le naufrage familial et financier de la Collins Line.

Le SS Pacific, second et dernier naufrage de la compagnie d'Edward Knight Collins.

Le SS Pacific (1849-1856), second et dernier naufrage de la compagnie d’Edward Knight Collins (Wikipédia).

La tragédie de l’Arctic installe le premier acte de la fin de la seule compagnie maritime américaine viable du 19ème siècle. La New-York and Liverpool United State Mail  Steamship Company, plus connue sous le nom familial de la Collins Line, disparaît en 1858 entraînée dans les abysses par un second naufrage, celui du Pacific en 1856. Créée et développée par Israel Collins et son fils Edward, la compagnie prend son essor mais sombre aussitôt dans un drame familial suite au naufrage de l’Arctic. Edward Knight Collins perd sa femme ainsi que deux de ses enfants. La tragédie ne s’arrête pas à cette triple perte, 6 membres de la famille du banquier de la compagnie, la Brown Brothers, y perdent aussi la vie. Principal associé de Collins, la famille fait construire un mémorial en l’honneur de ses proches à Green Wood (New-York). Les importantes pertes humaines des deux naufrages ont entraîné la disgrâce de la compagnie dans l’opinion publique conduisant à la faillite de l’affaire familiale malgré une tentative de relance avec la construction de l’Adriatic en 1856. Bien plus moderne et plus gigantesque que les deux autres navires restants, le Baltic et l’Atlantic, la Collins Line ne parvient plus à séduire les passagers américains. Signe évident de l’échec de la relance de la fiabilité de la compagnie, l’Adriatic n’effectue qu’une seule traversée avant d’être vendu. Le naufrage de l’Arctic a marqué le début de la fin d’une aventure maritime américaine dans le domaine du transport maritime. Il faut attendre la création du trust de John Pierpont Morgan, l’International Mercantile Marine Company (IMM) qui verra a son tour la déchéance d’une énième aventure maritime des États-Unis avec le naufrage du Titanic en 1912. Les mêmes problèmes de capacité insuffisante des canots pour toutes les personnes à bord des navires sont remis à jour également. En 1914, la convention SOLAS (Safety Of Life At Sea) introduit une législation propre à la sécurité maritime des passagers. Néanmoins, il faut attendre 1929 pour que la convention s’applique réellement à tout le secteur maritime. Le naufrage de l’Arctic a ouvert la voie à une problématique qui va devenir de plus en plus importante au 20ème siècle. L’Arctic, navire luxueux de 2 856 tonneaux était équipé de 6 canots. Presque 60 ans après, le Titanic, super paquebot de 46 328 tonneaux ne comportait que 16 canots et 4 radeaux pour une capacité de 1178 passagers sur 3500 personnes maximum.En effet, le Merchant Shipping Act of 1894  imposait 16 canots maximum pour un tonnage égal ou supérieur à 10 000 tonneaux. Cette comparaison montre la lenteur de la législation britannique sur les canots de sauvetage. Celle-ci à mis longtemps à s’imposer par le biais d’une nouvelle tragédie internationale. Il n’en demeure pas que le naufrage de l’Arctic ait montré toute l’importance des canots de sauvetage.

L’échec d’une tentative de régulation des canots de sauvetage à bord des navires.

Modèle d'une roue à aubes exposé au Merseyside Maritime Museum (collection personnel).

Modèle d’une roue à aubes exposé au Merseyside Maritime Museum (Collection personnelle).

La régulation tardive des règles d’évacuation des passagers et des membres d’équipage à bord des canots de sauvetage aurait pu se mettre en place dès le début du transport maritime. Suite à la nouvelle du naufrage du navire de la Collins Line, les membres d’équipage dont le capitaine, James Luce, ont été considérés comme des lâches. Reconnus également défaillants dans leur devoir de protection des passagers lors du naufrage en ayant fuit le navire à bord des quelques canots, l’interrogation s’est posée sur l’aspect de la sécurité maritime après le drame. La Collins Line, armateur de paquebots luxueux a t-elle sacrifié l’aspect sécuritaire de ses navires au dépend d’une navigation plus rapide dans un climat de concurrence directe avec la Cunard Line? Malgré l’appel d’une formation d’une commission d’enquête suite au naufrage, rien n’est fait pour éclaircir les causes de la tragédie. Dans le même temps, une proposition d’adaptation de la législation des canots de sauvetage est proposée afin d’augmenter leurs nombres proportionnellement à la capacité de passagers et de membres d’équipage maximum sur les navires. Malheureusement comme l’histoire maritime le montre, les grandes avancées en matière de sécurité maritime se font « grâce » à des catastrophes remettant en cause le progrès technologique. Bien qu’on pourrait penser que les navires se terminant en « ic » sont révélateurs de l’importance de la sécurité maritime, il n’en est rien.

PS : Les chiffres concernant le nombre de personnes à bord de l’Arctic lors de son dernier voyage varie selon les sources. Il en va de même pour le nombre de survivants variant de 85 à 88 hommes.

 

 

 

 

 

 

 

 

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