L’épave du Titanic: un site touristique?

L’année 2015 marque le centenaire du naufrage du Lusitania et de son héritage incluant l’épave et ces artefacts. Néanmoins, il ne faut pas oublier que celle du Titanic a surpassé le « Lévrier des mers » en devenant une légende culturelle avec la sortie de milliers de documentaires, des films et des milliers d’ouvrages. Le site de son épave, dernier vestige physique du « Géant des mers » fait partie de cette ensemble culturel si familier des titanicophiles. Cette « célébrité » possède des côtés avantageux tels que la conservation du souvenir du naufrage et des leçons apprises lors de la tragédie ou encore la survie de la mémoire des victimes. Mais les points négatifs se font de plus en plus sentir comme le démontre les expéditions « semi-scientifiques » et « semi-touristiques » organisées sur l’épave du Titanic durant cet été 2015.

Un « nouveau » mode de financement des campagnes d’expéditions.

Lots de multiples billets repêchés du site de l'épave.

Lots de multiples billets repêchés du site de l’épave exposés à Paris en 2013.

Pourquoi avoir mis en place de telles expéditions sur le site de l’épave alors que cette dernière se dégradent rapidement depuis quelques années? Le 1er septembre 2015 marquait les 30 ans de la découverte du site du naufrage. Le triste sort du paquebot, éparpillé sur le sol océanique en plusieurs morceaux, ravivait le côté tragique de la collision avec un iceberg. Le professeur Robert Ballard s’inquiétait alors du sort de l’épave et de son futur suite à l’annonce publique de sa découverte en 1985. Comment l’humanité allait-elle traiter le site de l’épave, lieu de repos pour les quelques 1500 passagers décédés pendant la nuit du 14 au 15 avril 1912? La réponse à cette interrogation allait venir en 1986 avec la première expédition avec pour mission principale la première session de sauvetage de quelques 1800 objets repêchés du Titanic. Durant les années 1990, ces opérations de « sauvetage » ont donné lieu à plusieurs collaborations américano-russes afin de permettre un financement des expéditions en établissant des partenariats pour les besoins technologiques.

Les sous-marins MIR 1 et MIR 2 développés par l’institut océanographique Shirshov ont contribué à explorer le site de l’épave s’étendant sur plusieurs kilomètres. Pour rappel, ils ont servis lors de la première expéditions de James Cameron et sont visibles dans le film de 1997. Toujours en service sur l’épave du Titanic malgré l’arrêt des expéditions de sauvetage abusives, les deux sous-marins sont maintenant utilisés à des fins plus touristiques afin de rentabiliser les opérations d’observations scientifiques. Le financement de la dernière expédition à succès en 2010 avait nécessité tout le développement d’un réseau avec les médias télévisés et sociaux. Cinq ans après, la dérive d’une idée d’expédition semi-touristique et semi-scientifique se concrétisent avec la mise en place de « voyages organisés » de Terre-Neuve jusqu’au site de l’épave.

L’épave du Titanic: un site  « non » touristique en danger.

Mir 1, un des submersible capable de descendre à 6000 mètres de profondeurs

Mir 1, un des deux submersibles capables de descendre à 6000 mètres de profondeur.
(Source: mediathiquedelamer.com)

Limités à un effectif de 40 personnes déboursant la somme individuelle de 70 000 euros comptant l’hébergement,  les repas et les plongées, les touristes découvrent les coulisses de l’expédition divisée en trois sessions pour les besoins des voyages organisés. Il s’agit plus précisément de trois voyages de 13 jours en immersion totale où les touristes peuvent descendre admirer le site du naufrage à bord des deux sous-marins MIR 1 et MIR 2. Dans un espace où deux personnes et un pilote peuvent prendre place, les touristes admirent les « lieux » les plus célèbres de l’épave. Parmi ces derniers, la fameuse proue du célébrissime baiser de Jack et Rose, le pont principal  ou encore le grand escalier pour ne citer que ces quelques exemples. Malgré des conditions d’admission restrictives de participation à ces voyages organisés interdits aux personnes à la santé fragile et claustrophobes, ce mode de financement de l’épave ne peut pas être cautionné à long terme.

 

Vue globale de l'épave du Lusitania prise par un sonar.

Vue actuelle de l’épave du Lusitania prise par un sonar.
(Source: Mirror.co.uk)

Par la fragilité de l’épave due à la pollution causée par les activités humaines sur le site du naufrage, le facteur de la sécurité des touristes et des scientifiques se pose de par le danger d’un effondrement de la proue du Titanic. Fragilisée par la prolifération de bactéries fragilisant l’acier de la coque de l’épave, les menaces de risques se fondent réellement. L’épave du Lusitania illustre bien cette réalité. En effet, l’épave du rival du Titanic offre un triste spectacle de désolation avec l’effondrement des ponts de la structure principale. Ken Marshall, peintre officiel des deux mastodontes donne une idée assez claire du destin du Titanic dans quelques années et même quelques décennies. L’exploration scientifique du site de l’épave ne pourra se faire que si des expéditions respectueuses de la fragilité de l’écosystème de l’épave se développent tout en instituant des périodes d’explorations. A titre général, la question environnementale s’applique à la recherche océanographique  qui doit aussi faire face aux problèmes de pollution marine. Même si les épaves de paquebots sont des vestiges de l’activité humaine, il ne faut pas oublier qu’à leurs tours elles s’intègrent à un écosystème fragile mais vivant dans les plus profondes abysses des océans et des mers. Au même titre que les épaves du Lusitania ou du Britannic, celle du Titanic n’est pas un site touristique au sens propre. Il en va de la préservation de la vie d’une faune et d’une flore marine qui a fait du Titanic, un habitat. Depuis 103 ans, le « paquebot des rêves » n’est plus de ce monde mais est entré dans l’histoire maritime.

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3 réflexions sur “L’épave du Titanic: un site touristique?

      • Bonsoir, je suis d’accord avec vous. Le Titanic est même bien plus qu’un monument de l’histoire, il s’agit d’un témoin d’une époque aujourd’hui disparue en plus d’être la tombe de quelques centaines de personnes.

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