Le naufrage britannico-français du Lancastria.

Parmi les plus grands naufrages de navire de guerre, le Lancastria fait parti de ces tragédies les plus marquantes de la Seconde Guerre mondiale qui sont peu évoquées. Malgré le travail de mémoire des associations françaises et écossaises, le naufrage de ce paquebot transformé en navire de transport de troupes et de réfugiés, reste peu connu des grands drames maritimes dont appartiennent bien évidemment le Titanic (en temps de paix) ou le Lusitania (durant la Première Guerre mondiale). Le naufrage du Lancastria a eu lieu près de la pointe Saint-Gildas à 17 km de Saint-Nazaire. La côte occupée par les Blockhaus a été le théâtre de cette tragédie où entre 2500 et 6000 personnes ont trouvé la mort à 2 miles de la pointe le 17 juin 1940. Le chiffre global des victimes le plus couramment admis est néanmoins de 4000 morts pour 2477 rescapés. Outre les soldats, des réfugiés civils de diverses nationalités (français, belges, écossais, anglais ou canadiens)  faisait partis du voyage et ont trouvé la mort pendant le naufrage. Si ce naufrage peut-être considéré comme un des plus meurtriers, le gouvernement britannique le reconnait difficilement en raison de la confidentialité de la mission militaire du Lancastria. Cependant ce navire mérite d’être évoqué pour ces parts de mystères et son héritage défendu par des passionnés.

Représentation du RMS Lancastria avant sa carrière commerciale.

Représentation du RMS Lancastria pendant sa carrière commerciale.

Avant sa réquisition, le Lancastria, paquebot de la Cunard, est lancé en 1922 aux chantiers de la Clydebank (Écosse). Tout d’abord nommé RMS Tyrrhenia, le navire est rebaptisé RMS Lancastria en 1924. D’une capacité de 2200 passagers et de 375 membres d’équipage, le paquebot a alterné les traversées transatlantiques entre Liverpool et New-York et les croisières méditerranéennes et du Nord de l’Europe. Durant une croisière, le navire a aussi sauvé a l’équipage d’un cargo belge, le Scheldestad, faisant alors naufrage dans la baie de Biscay. Comme presque tous les paquebots de la Cunard Line, la Royal Navy a réquisitionné le paquebot pour les besoins de la flotte militaire au début de la Seconde Guerre mondiale moyennant une contrepartie financière à la compagnie maritime. L’Aquitania, le dernier sister-ship du Lusitania et du Mauretania, encore en service, faisait également parti des navires transformés pour les besoins de la guerre. Partant du port de Liverpool, le 14 juin 1940, le HMT Lancastria arrive à Saint-Nazaire, deux jours plus tard afin d’évacuer des réfugiés civils et des soldats de France. Malgré une capacité limitée de places, le navire transportait entre 6000 et 9000 personnes. Classées secret défense, les listes de passagers ne peuvent pas être communiquées comme l’ont constaté les différentes associations afin de savoir le nombre de personnes présentes à bord. Le 17 juin 1940, à 15h48, le Lancastria est bombardé sur sa cheminée par des des Junkers Ju 88 de la Luftwaffe allemande. En 20 minutes, le navire coule laissant des passagers prisonniers dans les ponts inférieurs mais aussi d’autres se débattant dans l’eau où 1400 litres de fuel brûle près de la pointe de Saint-Gildas. Malgré la proximité de la côte de Loire-Atlantique, les secours viennent difficilement à cause de la présence allemande dans les blockhaus. Les témoignages des survivants soulignent d’ailleurs l’horreur du naufrage.

Vue de la pointe Saint-Gildas où le Lancastria a coulé le 17 juin 1940.

Vue de la pointe Saint-Gildas où le Lancastria a coulé le 17 juin 1940. On peut voir les anciens blockhaus où les allemands surveillaient la côte.

Après le naufrage, le gouvernement britannique a essayé de censurer tant bien que mal la nouvelle du naufrage meurtrier mais la presse écossaise et américaine a évoqué le drame à la une de leurs journaux nationaux. Depuis des décennies, des associations se battent pour faire reconnaître l’épave du Lancastria, tombe de guerre. Face au refus du gouvernement britannique, la Lancastria Survivor Association devenue la Lancastria Association of Scotland a réussi a faire frapper une médaille en hommage aux victimes et aux survivants du naufrage en 2006/2007 après deux pétitions pour la reconnaissance du statut de tombe et pour une médaille dans tout le Royaume-Uni. En 2008, l’association a érigé un mémorial sur les anciens chantiers naval de la Clydebank, là où le navire fut construit, toujours en hommage des victimes du naufrage. En 2011, il ne restait qu’une centaine de survivants, mémoire vive de la tragédie. Le devoir de mémoire que se sont donnés les associations écossaise et française via leurs commémorations et leurs sites internet permettent de recueillir les témoignages des derniers survivant à l’image des associations dédiés au Titanic. Malgré le refus du gouvernement britannique, des efforts ont été faits afin de reconnaître la perte du Lancastria comme une perte nationale. Une plaque a été posée en septembre 2013 par le maire de Liverpool sur le Pier Head, près du mémorial des mécaniciens du Titanic.

Plaque en  mémoire des victimes du naufrage posée en 2013 à Liverpool.

Plaque en mémoire des victimes du naufrage posée à Liverpool en 2013.

La France n’est pas en reste car l’histoire du navire est rappelé par des passionnés qui ont ainsi formé une association française en plus des mémoriaux et des plaques placées à Saint-Nazaire et à la Pointe Saint-Gildas. Des expéditions sont également organisées sur l’épave du navire. Gisant à 25 mètres de profondeur, dans l’estuaire de la Loire, l’épave du Lancastria est explorée par des plongeurs malgré une mauvaise visibilité des fonds marins et les dangers de la zone portuaire de Saint-Nazaire. Les dernières photos prise de l’épave datent de 2011 et montrent les mauvaises conditions d’exploration de l’épave non classée comme patrimoine maritime britannique en raison du droit maritime. L’épave se trouvant dans la mer territoriale française, la souveraineté française joue même si le droit des épaves permet à un État de faire valoir ses droits par extension dans le temps sur une épave de navire de guerre. Ainsi, l’épave reste sous la souveraineté de son pavillon d’origine. En attendant un statut protégé, les passionnés essaient de protéger le patrimoine de l’épave et la mémoire des victimes et des survivants du naufrage du Lancastria, un des plus marquants de la Seconde Guerre mondiale avec celui du Cap Arcona (7000-8000 morts) et du Wilhelm Gustloff (8000-9000 morts). Espérons que ce travail associatif  permettra l’attribution tant attendue du statut de tombe de guerre au Lancastria.

(Photos sous réserve de droit d’auteur.)

Pour plus d’informations: http://www.lelancastria.com/index.php/fr/  et http://www.lancastria.org.uk/

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