De paquebots luxueux à l’état d’épaves : un patrimoine subaquatique méconnu.

Souvent les épaves de navires, anciens paquebots luxueux ou bâtiment de guerre ou de commerce d’un siècle passé sont méconnues des gens. Bien évidemment, le Titanic ou le Lusitania ont une renommée dans l’histoire ou la culture générale de notre société. Il ne reste que des noms, des légendes, des photos d’époque ou des récits historiques généralisés de ces paquebots. Il ne faut cependant pas oublier que ces navires, paquebots luxueux et chefs d’œuvre décoratif et technologique de leur temps sont devenus des épaves à la suite de leurs naufrages. Ce passage de navire à l’état d’épave de navire oublié « matériellement » symbolise souvent une nouvelle vie  qui au contraire de leurs sister-ships ou rivaux, restent présents même dans un état de délabrement. Le Lusitania à « survécu » à ses deux sister-ships, les RMS Mauretania et Aquitania pour donner un exemple concret.

Le patrimoine des épaves de navire : une composante importante de l’héritage subaquatique.

Des navires marchands retrouvés dans un ancien port asséché d'Istanbul datant de 1500 ans probablement.

Des navires marchands retrouvés dans un ancien port asséché d’Istanbul datant probablement de 1500 ans.

On compte pas moins de 3 millions d’épaves de navires dans les océans et les mers. Ces dernières  représentent des témoins d’époques oubliées allant de la période des premiers marins jusqu’à notre siècle. Les épaves les plus anciennes datent de 1500 ans et retrouvée en Turquie lors de fouilles archéologiques sur le site d’un ancien port d’Istanbul. Ces vestiges au même nom que les sites des épaves du 20ème siècle possèdent un point commun : celui de redonner vie à des navires par le biais de leurs épaves, sorte de squelettes ou d’ossatures. Cette représentation du passé maritime est très présente dans le domaine de l’archéologie sous-marine. D’ailleurs, le patrimoine des épaves est protégé et inscrit comme une part importante du patrimoine subaquatique de l’UNESCO par le biais d’une convention de cette organisation signée en 2001 (et applicable en France depuis 2012).

Cependant, la convention conditionne la protection des épaves par un délai de 100 ans  et au cas par cas selon la nature historique ou archéologique des vestiges. Il a fallu attendre le 14 avril 2012 pour que le Titanic,  mal protégé soit inclus dans la liste du patrimoine subaquatique mondial. On peut se poser la question de l’efficacité assez relative pour d’autres épaves de navires tels que l’Empress of Ireland ou le Lusitania. Peut-être seront-elles inclues dans les deux prochaines années à l’occasion de leurs anniversaires centenaires le 29 mai 2014 et le 7 mai 2015.

Un patrimoine diversifié et vivant : des épaves fonctionnelles et intégrées au monde sous-marin.

Après le naufrage d’un navire, paquebot commercial ou bâtiment de guerre, on oublie vite que ces géants d’acier ou de bois fabriqués de la main de l’homme deviennent des refuges pour la faune et la flore maritime. Très peu présente à vu d’œil sur le Titanic si ce n’est que par des bactéries caractérisées par des stalactites de rouilles (appelées « rusticles » en anglais) ou même des petits animaux fluorissants, la vie est bien présente sur l’épave. D’ailleurs les biologistes y ont découvert une bactérie nommée par la suite « holomonas Titanicae« . Autre illustration plus parlante mais cette fois-ci sur le second frère du Titanic, le HMHS Britannic abrite une colonie d’espèces sous-marines méditerranéennes trouvant refuge dans l’épave du navire coulé en 1916. Ce dernier à la chance d’être protégé des pilleurs et autres curieux attirés par les richesses potentielles comme les trésors et autres biens de valeur, ce qui n’est pas le cas du Titanic, victime des conflits de compagnie de sauvetages.

La bactérie "holomonas titanicae sous forme de rusticles (stalactites de rouille) découverte en 2010.

La bactérie « holomonas titanicae sous forme de « rusticles » ne laissant au Titanic que 20 à 50 ans avant sa seconde mort physique.

Pour prendre un exemple parlant, l’épave du Lusitania située à 12 miles des côtes ouest d’Irlande à souffert de pillages intensifs, de la pollution et même d’explosions volontaires de la part de l’armée britannique. Lors de l’expédition de l’équipe de Robert Ballard en 1993, des filets de pêche et autres déchets gênaient les recherches d’exploration de l’épave alors effondrée sur elle-même. Ce triste constat à conduit les autorités irlandaises à protéger plus concrètement l’épave malgré l’opposition de son propriétaire depuis 1968, Gregg Bemis. Des projets de cartographie de l’épave, basés sur le même modèle que ceux de l’épave de son rivaux, le Titanic ont été annoncés pour tenter de sauver le patrimoine fragile de l’épave du lévrier des mers. Mais rien n’a été fait depuis et les vestiges de l’imposante coque du Lusitania devrait disparaitre dans les prochaines années en fusionnant avec les roches et le sol océanique comme cela s’est produit pour le SS Atlantic près d’Halifax ou en étant « mangé » par les bactéries de type « holomonas titanicae« .

Une protection du patrimoine des épaves : l’opposition de deux manières de préserver les vestiges.

Le Wasa (ou Vasa),navire de guerre sous le règne de Gustave II,  joyaux et fierté suédoise.

Le Wasa (ou Vasa), navire de guerre sous le règne de Gustave II, joyaux et fierté suédoise  remarquablement conservé.

Certains navires comme le Mary-Rose ou le Vasa ont été repêches et traités par le biais de méthodes chimiques afin d’empêcher la décomposition du bois au contact de l’oxygène. Néanmoins certaines épaves ne peuvent bénéficier de ce sauvetage puisque comme pour le Titanic et le Lusitania, les épaves se retrouvent « étalée » sur un périmètre bien plus grand que celui de la simple coque du navire ou sont même enfoncés sous des mètres de sable et de boue océanique. Pour ces épaves de navires, la seule solution possible reste la préservation « in situ« . En d’autres termes, il s’agit d’une préservation dans l’environnement océanique sans l’intervention de l’homme sur les vestiges des navires si ce n’est à l’exception des explorations scientifiques.

Lors de la découverte de l’épave du Titanic en 1985, la question du sauvetage des biens personnels des passagers et des équipements du navire a opposé deux conceptions pendant les années 1980-1990. Lors de l’expédition en 1987 de la Titanic Venture Partnership Limited (future RMS Titanic Inc.) en collaboration avec l’IFREMER à repêché des centaines d’artefacts. Les médias et certains survivants du naufrage ont dénoncé la récupération des quelques 1800 objets de l’épave de pillage en insinuant que l’équipe de recherches de l’IFREMER et la TVPL étaient des « pilleurs de tombe ». En effet pour recadrer le contexte de cette polémique, une loi américaine d’octobre 1986 proclamait l’épave comme mémorial maritime international pour ceux qui ont péri dans le naufrage. La question d’une éventuelle menace de l’exploitation de l’épave à des fins mercantiles avaient déjà été évoquée par l’ambitieux et tenace milliardaire texan, Jack Grimm durant ces trois expéditions de 1980 à 1982 pour tenter de localiser l’épave. En conséquence, deux conceptions de préservation du patrimoine s’oppose même si l’utilité de la récupération d’objets provenant d’épaves de navire est aujourd’hui moins controversée grâce au rôle des exposition itinérantes. Cependant, l’UNESCO et même la Convention de protection du RMS Titanic de 2003 (encore inapplicable) préfère la préservation in situ pour un meilleur respect du patrimoine environnemental subaquatique et un respect des épaves en tant que tombe pour les victimes des naufrages.

(Photos sous réserve de droits d’auteur)

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