Le SS Atlantic, un naufrage « canadien » oublié de tous

Bien avant le célébrissime naufrage du Titanic en 1912, un autre naufrage avait fait parlé de lui en 1873. L’Atlantic, un des paquebots les plus modernes de son époque appartenait à la White Star Line. Construit 3 ans plus tôt sous le numéro officiel 65 851 par les chantiers Harland and Wolff, le paquebot était équipé des dernières technologies de l’époque et dès son lancement le 26 novembre 1871 fut salué pour son début de carrière. Le paquebot comme son descendant, le Titanic comportait plus d’équipements de sauvetage pour un navire de son tonnage (3707 tonnes) que le règlement ne l’exigeait. Il y avait 6 ceintures de sauvetage, 4 bouées  et 7 canots de sauvetage pour une capacité de transport de 1260 personnes (avec équipage inclus). Tout comme son descendant, l’Atlantic, était un paquebot luxueusement décoré pour les passagers les plus riches. A la suite du naufrage, la compagnie maritime a été publiquement blâmée pour sa politique économique concernant la quantité de charbon embarqué à bord de ses paquebots lors des traversés transatlantiques.

Représentation de l'AtlanticReprésentation de l'Atlantic, paquebot de la White Star Line construit en 1873.

Représentation de l’Atlantic, paquebot de la White Star Line construit en 1870.

En 1873, le capitaine James Agnew Williams et ses officiers dont un certain Henry Ismay Metcalf (proche de Thomas Henry Ismay) sont aux commandes du paquebot. Partant de Liverpool le 19 mars pour rallier New-York en quelques jours, l’Atlantic ne rejoindra pas la métropole américaine. Pris dans une tempête et manquant de combustible pour y arriver, les officiers décident de dévier la route du navire pour se ravitailler en charbon au port d’Halifax. La route est difficile et il ne reste que environs 127 tonnes de charbon la nuit du 31 Mars. En plus de cela, l’équipage ne connait pas la nature dangereuse des côtes canadiennes d’Halifax. Les massifs rocheux immergés représentent un vrai danger pour les nombreux navires qui sont souvent victimes de naufrage. L’Atlantic n’échappe pas au sort puisque il est trop près des côtes (plus précisément vers les îles de Clancy, de Meagher, vers le rocher de Golden Rule Rock et vers les communautés de Lower Prospect et de Terence Bay). A bord du paquebot, les officiers par leur erreur de distance par rapport à la terre en plus de leur inexpérience sur le littoral canadien et ses conditions météorologiques, ne voient pas le danger qui les guettent. Vers 3h00 du matin, l’Atlantic est percé par un rocher immergé et une longue brèche s’ouvre laissant l’eau envahir la salle des machines et très vite les compartiments des passagers de l’entrepont. Des familles et des hommes et femmes célibataires meurent noyés pris au piège dans les compartiments ou d’autres sont avalés par l’océan en pleine tempête. Sur la centaine d’enfant présents, seul un jeune garçon du nom de John Hindley survit. Le nombre de victimes est incertain mais plus de 900 personnes ont perdus la vie lors du naufrage laissant peu de survivants. En plus de ce triste bilan, les survivants sont tous des hommes. Ils ont pu s’accrocher par le biais d’une corde du rocher de Golden Rule Rock puis atteindre la terre épuisés et morts de froid grâce à l’aide des pêcheurs et de leurs familles.

John Hindley, seul enfant survivant du naufrage.

John Hindley, seul enfant survivant du naufrage.

L’épave de l’Atlantic gît près du lieu du naufrage même si avec le temps les mouvements de l’océan, les restes du paquebot se sont éparpillés et ont été abîmés avec les opérations de récupération d’objets et les conditions rudes de l’Atlantique. En effet, suite au naufrage, la White Star Line a récupéré les objets et morceaux de l’épave pour les besoins de la commission d’enquête. Et au fil des années, les amateurs et passionnés d’épaves ont plongé régulièrement sur l’épave en pièces après avoir été victime des explosives. Aujourd’hui, les restes du paquebot se sont mêlés aux roches en formant des concrétions de rouilles et en se « collant » aux roches sous-marines. Les petits artefacts tels les effets personnels des passagers sont enterrés sous des couches de roches, de concrétions ou de sable. Quand aux structures du navire, certaines sont encore visibles à une profondeur relativement peu profonde. Seuls trois chaudières ont été retrouvées ainsi que des morceaux éclatés de la structure principale. La proue à très vite disparue avec les tempêtes successives des hivers canadiens amenant des ouragans et cyclones. L’histoire du paquebot Atlantic revit petit à petit grâce à l’initiative de plongeurs passionnés tels Bob Chaulk et Greg Cochkanoff, auteurs du livre « SS Atlantic, the white Star Line’s first disaster at sea« . Un mémorial a été crée sur le site des tombes des victimes récupérés, Sandy Cove, en plus d’un musée  consacré à la collection regroupé des artefacts appartenant aux multiples passionnés de l’épave. Le musée maritime de l’Atlantic (Maritime museum of the Atlantic) rend un véritable hommage aux victimes de ce tragique naufrage antérieur au Titanic. D’ailleurs ce même musée rend hommage également au naufrage du « paquebot des rêves« .

PS: Les informations relatives au tonnage et à la capacité de transport de l’Atlantic ont été prises dans le livre de Greg Cochkanoff et de Bob Chaulk sorti en 2009. Charles Haas et John Eaton donnent une autre version des informations sur le navire dans leur ouvrage « Falling Star, Misadventures of the White Star Line ships » sorti en 1989.

(Représentation et photo sous réserve de droit.)

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6 réflexions sur “Le SS Atlantic, un naufrage « canadien » oublié de tous

  1. C’est vraiment interressant, les épaves ses se qui m’a attirer vers le Titanic et devenir collectionneur depuis 28 ans et devenir exposant et conférencier au Québec, Canada, merci

    • De rien, l’histoire oubliée du SS Atlantic m’a ému et je me suis passionné pour ce paquebot un peu trop vite oubliée alors que des femmes, des enfants et des hommes sont morts sans défense face à une mer agitée.

    • Bonjour, je suis de Repentigny en banlieue de Montréal, et de formation historienne à l’Université de Montréal, le Titanic est ma marotte depuis 3 ans — je suis d’ailleurs en train de traduire la commission d’Enquête Britannique depuis environ 8 mois (j’ai Fleet, Lightoller, Bride, Carlisle, le capitaine Lord et je suis en train de terminer Ismay). J’ai écrit quelques articles sur le Titanic, et j’aimerais en écrire un sur John Henry Barnstead, un « héros du Titanic » un peu oublié, et qui avait trouvé une méthode pour répertorier les victimes d’une catastrophe du genre, méthode qui est toujours utilisé de nos jours à travers le monde entier lors d’une catastrophe aérienne, à titre d’exemple. Barnstead aurait eu un petit rôle à jouer aussi pour les mêmes raisons dans le naufrage de l’Atlantic, mais ce n’est pas clair. Je me demandais donc si vous aviez de l’information sur Barnstead, qui était Canadien, et qui pour toutes ces raisons ne devrait pas être oublié, selon moi. Seriez-vous en mesure de m’aider sur ça, svp ? Pourriez-vous me répondre à : lili.marlene3945@gmail.com Merci beaucoup, je vous souhaite une bonne fin de journée.

      • Bonsoir,

        Désolée de répondre tardivement à votre réponse. Je suis titanicophile depuis mes 8 ans grâce à la sortie du film de James Cameron comme bon nombre de personnes de ma génération. Mais c’est à partir de mes 20 ans que j’ai réellement commencé mes recherches sur le sujet pour en faire un mémoire lors de mon master. Concernant la méthode d’identification et d’organisation de la récupération des corps des victimes, je la connais un peu sans avoir eu l’occasion d’en apprendre plus. J’ai fait quelques recherches sur John Henry Barnstead a propos de son rôle dans l’après naufrage de l’Atlantic. La principale source bibliographique (SS Atlantic: The White Star Line’s first Disaster at sea de Greg Cochkanoff) qui m’a permis d’en savoir énormément en plus de recroiser avec les différents sites internet ne mentionnaient pas John Henry Barnstead. Je peux essayer de creuser un peu plus loin en essayant de retrouver les rapports des commissions du naufrage de l’Atlantic ou encore de grappiller des informations par rapport à son rôle dans le naufrage du Titanic. Je vais essayer de faire de mon mieux. Dès que j’en saurais d’avantage, je vous recontacterais. Étant curieuse de nature, j’aimerais aussi en apprendre plus sur cette personne qui a eu un rôle important dans l’ombre d’une des plus grandes catastrophes maritimes.

  2. Passionnant comme tous les autres articles de ce site remarquable. Donc, merci à l’auteur(e).
    En revanche, j’ignore pourquoi, aucun lien ne fonctionne, dans mon cas du moins. Une solution, car c’est bien dommage ?

    • Merci pour ce compliment. J’ai crée ce blog pour faire découvrir tous ces naufrages. En ce qui concerne les liens, ils ne fonctionnaient plus en effet. J’ai effectué une réactualisation. J’espère que vous pourrez apprécier de nouveau l’article. Merci de m’avoir alerté de ce problème sur de vieux articles.

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